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Dessert emblématique, mais mécompris

Le pouding chômeur est probablement le dessert le plus connu de la cuisine québécoise. Il consiste en un gâteau à la vanille de type sponge cake cuit au four dans un sirop à la cassonade. Il est probablement le dessert qui synthétise le mieux l’identité culturelle et l’histoire du Québec.

Comme pour beaucoup de plats traditionnels, je n’étais pas un grand fan de ce dessert quand j’étais enfant. Je lui préférais de loin tout ce qui contenait du chocolat! Peut-être que je n’aimais simplement pas la recette familiale. C’est que ma grand-mère maternelle (je vous le dit tout de suite : vous entendrez parler d’elle souvent), comme beaucoup de femmes à son époque, était une cuisinière de chantier quand elle était jeune (autour des années 1950). Comme son travail consistait à nourrir une grande quantité d’hommes affamés au coût le plus bas possible et avec un approvisionnement limité en produit périssable, son gâteau ne contenait pas d’œuf et son sirop était fait seulement d’eau et de cassonade. Quand on est habitué à manger des gâteaux riches préparés sans contrainte économique ou de conservation, mettons que c’est moins intéressant.

Disons que maintenant, quand je le fais, je ne me gêne pas pour ajouter du beurre en masse! Plusieurs pensent que l’ajout d’ingrédients riches ne cadre pas avec ce que ce dessert incarne, mais vous verrez que contrairement à l’idée reçue, le pouding chômeur n’a jamais été conçu comme sucrerie des jours maigres.

Histoire de la recette

Comme presque toutes les recettes québécoises, les origines exactes du pouding chômeur sont plus que nébuleuses. Il existe plusieurs théorie sur ses origines. Cela dit, c’est clairement un dessert qui nous est parvenu après la conquête britannique. Il descend incontestablement de la panoplie de puddings vapeur anglais du type mi-gâteau / mi-crème ou mi-sauce. Pourtant, le répertoire anglais ne compte aucun dessert qui ressemble tout à fait à notre pouding fétiche. Il n’est par contre pas rare dans la cuisine anglaise ou même américaine d’accompagner un gâteau blanc d’une sauce quelconque comme de la crème anglaise ou du fudge.

Comme je le disais, il existe plusieurs mythes sur les origines de notre dessert emblématique. Le mythe le plus populaire sur son origine est qu’il serait né durant la Grande Dépression des années 1930, car il contient peu d’ingrédients, ce qui le rendait économique. Selon moi, au risque d’en choquer plus d’un, rien n’est plus faux. Ou du moins, cette hypothèse ne fait pas complètement la lumière là-dessus. L’histoire ne tient pas la route, car en période de dépression économique, le Québécois moyen de la classe ouvrière des années 1930 aurait eu beaucoup plus tendance à manger du pain rassis et de la mélasse pour satisfaire une dent sucré qu’à gaspiller de précieux ingrédients difficilement obtenus et rationnés pour en faire un dessert qui relève du luxe.

À mon avis, la réponse à notre question se trouve plutôt dans un vieux livre de cuisine du XIXe s. Le deuxième livre de cuisine québécoise de l’histoire pour être exact. Publié en 1878, le livre intitulé Directions diverses données par la Rév. Mère Caron Sup. Gen. des Soeurs de la Providence pour aider ses sœurs à former de bonnes cuisinières contient une référence très intrigante à un « chaumière pudding ». Le nom de ce dessert semble être une traduction mot pour mot de l’américain cottage pudding, un gâteau à la vanille dense et souvent servi avec une sauce caramel ou encore cuit par-dessus un mélange de fruits, à la manière d’un cobbler. La recette ressemble à s’y méprendre au pouding chômeur, à ce détail près que le nôtre est cuit dans sa sauce. Notez aussi que la même page de l’ouvrage propose un pudding aux fruits avec la même pâte à gâteau cuite sur la garniture.

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Le dessert emblématique serait donc né au XIXe s. autour de l’époque de la Grande Saignée alors que près d’un million de nos ancêtres sont partis vers la Nouvelle-Angleterre. Ils y auraient fait la connaissance du cottage pudding et l’auraient rebaptisé « chaumière pudding ». Au fil des échanges avec leurs familles restées ici, le dessert aurait progressivement pris le nom de « pudding chaumière » et par un abus de langage ou une impropriété, aurait muté de « chaumière » en « chômeur ». Le pouding chômeur se serait par la suite répandu comme traînée de poudre à travers le Québec, dans les milieux urbains jusque dans les années 1920. Il serait devenu universel, probablement pendant la crise économique, d’où la confusion dans la mythologie, alors que tous les hommes allaient dans les chantiers forestiers pour faire de l’argent et aurait été exposés à la version bon marché de la recette sans œuf ni beurre. Une fois revenus à la maison, ils auraient demandé à leurs épouses de reproduire le dessert.

À mon avis, cette version de l’histoire est beaucoup plus plausible.

Maintenant que j’ai mis les choses au clair, sans plus tarder, passons à la recette.

La recette

Pouding chômeur

Pour 8 à 12 personnes - Préparation : 10 minutes - Cuisson : 30 minutes

Ingrédients

Sauce caramel

  • 2 tasses de cassonade;
  • 1½ tasse d’eau;
  • ¼ tasse de beurre;
  • 1 c. à thé d’essence de vanille.

Gâteau vanille

  • ¼ tasse de beurre, ramolli;
  • 1 œuf;
  • ½ tasse de sucre;
  • 1 c. à thé de vanille;
  • 1 tasse de farine;
  • 2 c. à thé de poudre à pâte;
  • ½ tasse de lait.

Préparation

Sauce caramel

  1. Versez la cassonade, l’eau, le beurre et la vanille dans une casserole. Portez à ébullition et retirez du feu.
  2. Versez dans un moule carré en Pyrex de 8’’ beurré et réservez.

Gâteau vanille

  1. Crémez ensemble le beurre, le sucre et la vanille. Incorporez l’œuf et fouettez jusqu’à consistance légère et couleur pâle.
  2. Tamisez ensemble la farine et la poudre à pâte. Incorporez au premier mélange en alternant avec le lait. Ne mélangez pas trop.
  3. Déposez la pâte dans le moule, sur le sirop (pas besoin d’être précis, la pâte s’égalisera d’elle-même durant la cuisson).
  4. Faites cuire au four préchauffé à 350°F pendant 30 minutes.
  5. Servez brûlant, accompagné d’un filet de crème fraîche ou d’une boule de crème glacée.

Notes

Pour un gâteau avec moins de sauce, il est aussi possible de verser la pâte dans le moule d’abord, puis d’arroser celle-ci avec le sirop chaud avant d’enfourner le tout.

La variante la plus populaire du pouding chômeur est celle à l’érable : préparez la sauce avec seulement la moitié de l’eau et du sucre et ajoutez 1½ tasses de sirop d’érable, vous pouvez aussi remplacer toute la sauce par 3 tasses de sirop d’érable. D’autres variantes consistent aussi à ajouter divers petits fruits (fraises, framboises ou bleuets) à la pâte à gâteau ou au sirop. Certaines versions contemporaines plus haut de gamme ajoutent de la crème et de l’alcool à la sauce.

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Bon appétit!