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La rentrée des classes

J’ignore combien de personnes dans l’immense lectorat de La cuisine bleue ont des enfants d’âge scolaire, mais la recette d’aujourd’hui est pour vous. C’est quelque chose de facile à faire et qui se glisse bien dans la boîte à lunch de votre progéniture. J’ai nommé le gros Jean, ce sandwich classique des stations-service et autres truck stops du Lac-Saint-Jean et de la Haute-Mauricie.

En voie de disparition

Pour tout vous dire, j’avais complètement oublié l’existence de ce sandwich jusqu’à ce que je voie les stories Instagram du 26 août de Jonathan Fortin, candidat d’OD Grèce en 2018 et charpentier habitant à Saint-Prime, un petit village de la MRC du Domaine-du-Roy. Dans sa story, Jonathan était au IGA de La Tuque (dernière ville de Haute-Mauricie) et demandait à son auditoire si quelqu’un savait ce qu’était le big John, qu’il avait rebaptisé Monster Baloney. Ça m’a rappelé que dans mon village de Lac-Bouchette, à l’épicerie de la famille de mon père, on vendait en prêt-à-manger un sandwich identique du nom de gros Jean. Je croyais que tout le monde savait ce que c’était et que c’était disponible partout, mais on dirait bien que non.

Mon mari, John, a trouvé tout cela vraiment intrigant. Il n’en avait jamais entendu parler. Il s’est donc mis à faire des recherches et il n’a trouvé qu’une mention sur le menu de la cafétéria d’une école à Dolbeau (voir le Menu 2020-2021 de l’École secondaire des Chutes, semaine 2, jeudi, p. 1) et une autre dans la Liste de produits des Aliments Martel (voir l’emballage du sandwich en question). Il avait tellement de questions. D’où vient cet étrange sandwich? Pourquoi s’appelle-t-il gros Jean? Pourquoi ne le retrouve-t-on nulle part ailleurs? Bref, voyons l’histoire de cette recette.

Histoire de la recette

D’emblée, il faut dire qu’il est pratiquement impossible de reconstituer hors de tout doute raisonnable l’origine de ce mystérieux bout de pain farci.

Avant de nous y attaquer, concentrons-nous d’abord sur ce qui constitue un sandwich gros Jean. Aujourd’hui, dans les endroits où il est toujours vendu, on entend par l’expression « gros Jean » un sandwich fait de baloney, de simili poulet et parfois de salami, le tout dans un pain de style hamburger saupoudré de graines de sésame. Parfois on y retrouve du fromage (cheddar ou suisse) et de la laitue iceberg ciselée. Il peut être condimenté de moutarde ou de mayonnaise ou laissé nature. Il peut être consommé froid ou grillé. Grosso modo on pourrait dire qu’il s’agit d’un sous-marin rond bon marché.

En cherchant en français, on ne trouve absolument rien à propos de l’histoire de ce sandwich. Sinon que son apogée au Québec semble avoir été dans les années 1980 alors qu’on pouvait le trouver dans tous les dépanneurs et épiceries de Hull à Shawinigan, du moins à en juger par les annonces dans les journaux de l’époque. Le dénominateur commun des endroits où on le trouve est qu’il s’agit de commerces qui auraient été plus souvent qu’autrement fréquentés par des camionneurs. Nous voici sur une piste.

Avec la story instagram de Jonathan Fortin et les autres sources ci-dessus, on sait également que le nom anglais du sandwich semble être big John. En faisant des recherches dans cette langue, on peut trouver un article éclairant dans le numéro de novembre 2000 du Indianapolis Monthly (voir « Drinking Companions », pp. 153-159 et particulièrement l’encadré « Big John », p. 157). On y apprend que dans les années 1960, un bar de cette ville nommé Working Man’s Friend, situé au 234 N Belmont Ave aurait inventé un sandwich du nom de Big John constitué d’une épaisse couche de jambon recouvert de fromage suisse bien coulant le tout dans un pain style hoagie roll. Le nom du nouveau plat ainsi créé viendrait du hit de Jimmy Dean « Big bad John » sorti en 1961.

Ça fait quand même loin Indianapolis pour un sandwich qu’on ne retrouve plus au Québec qu’à La Tuque et au sud-ouest du Lac-Saint-Jean. L’État de l’Indiana et particulièrement sa capitale étant à la croisée des chemins, l’endroit est plutôt important pour les camionneurs. Le Lac-Saint-Jean étant un château-fort majeur de l’industrie du bois, on y retrouve une forte proportion de camionneurs. L’hypothèse la plus probable serait que des camionneurs ayant séjourné à Indianapolis auraient mangé un Big John et auraient amené la recette, ou du moins leur interprétation personnelle de celle-ci, avec eux et l’auraient disséminée un peu partout au Québec et particulièrement dans les régions de La Tuque et du bas du Lac.

C’est quand même fascinant considérant les allures tellement modeste de l’aliment dont il est question.

La recette

Gros Jean

Pour 1 sandwich - Préparation : 5 min. - Cuisson : s. / o. (voir Notes)

Ingrédients

  • 1 petit pain à hamburger aux graines de sésame ;
  • 2 tranches de baloney ;
  • 2 tranches de simili poulet ;
  • 2 tranches de salami ;
  • 1 tranche de fromage, au choix (facultatif) ;
  • 1 feuille de laitue iceberg ciselée ;
  • Condiments au choix : beurre, moutarde, mayonnaise, etc.

Préparation

  1. Ouvrez le petit pain, tartinez-le de vos condiments préférés, farcissez-le des viandes, puis du fromage et de la laitue si vous les utilisez, refermez-le.
  2. Servez avec les accompagnements de votre choix : des chips, des cornichons, des crudités, etc.

Notes

Bien sûr, si vous le désirez, vous pouvez faire griller votre sandwich. Surtout si vous y mettez du fromage. Dans ce cas-ci, ajoutez la laitue seulement après pour éviter qu’elle ne fane. Vous pouvez également remplacer la viande par du jambon tranché épais, style déjeuner et faire griller le tout avec du fromage suisse pour recréer le Big John original!

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Bon appétit!